Triste image, Pauvre pays, Riche Culture : Où vas-tu cher Bénin ?
Comme une trainée de poudre, la vidéo a fait le tour du net et suscité maints remous et commentaires. Le Bénin est connu comme berceau du vodou, mais aussi et surtout comme terre de sorcellerie et de méchanceté. Pour ne rien arranger à une image déjà ternie, voilà que circule une vidéo avec en vedette un oiseau qui dit-on serait la cause des malheurs d’une famille. Ça se passe à Bohicon, ville au sud du Bénin. Le Bénin de nos rêves et de nos ambitions, celui qui jadis fût quartier latin de l’Afrique et qu’on espère émergent se doit de répondre à trois interrogations qui détermineront où nous allons.
Premièrement, que représente pour nous béninois cette tradition et cet ensemble de pratique appelée Vodou ? Nous sommes un peuple très croyant. Un peu trop ! La floraison des temples et autres lieux de cultes dans nos villes et campagnes attestent cet état de fait. Mais nous sommes aussi un peuple profondément hypocrites et sombres. Le mélange des genres que nous opérons sans aucune gêne de conscience et en toute gaieté est la source même de nos maux. Notre trop grande croyance en l’irrationnel porte en lui les germes d’une société qui se détériore moralement, culturellement et même socialement. Ou on est musulman ou on ne l’est pas. Ou on est chrétien ou on ne l’est pas. Mais on ne saurait êtres musulmans ou chrétiens et le vendredi ou le dimanche, au sortir de la mosquée ou de l’église courir aveuglément vers les féticheurs, marabouts et autres enchanteurs. Cette pratique, la notre, révèle notre profond encrage à notre culture (et c’est bien) mais aussi et, malheureusement, notre grande peur de l’autre. L’autre, le collègue ou le voisin, qui forcément nous veut du mal. Nous sommes habités par une telle hystérie collective que nous en sommes venus à nous oublier et à nous renier.
Et là est le sens de notre seconde interrogation. Qui sommes-nous ? Un peuple de neuf millions d’âmes. Oui. Mais à la question « c’est quoi être un Béninois ? » quelle serait notre réponse. L’inexistence d’une identité collective partagée est la seconde source de nos maux. Parce qu’au-delà du vodou, nous devons partager une même culture. Un miroir commun, un reflet de notre société. L’histoire et le destin ont voulu que nous voyions le jour sur cette portion de terre appelée Bénin. Et déjà, en soi, c’est une lourde responsabilité. Celle de faire honneur à nous ancêtres. Ceux là qui nous ont transmis le savoir traditionnel, celui reçu de leurs ancêtres eux aussi. Notre rejet spontanée de l’autre, parce qu’il est d’ailleurs (nordiste ou sudiste), notre crainte du nouveau collaborateur qui nous semble plus aguerris ne devraient pas nous conduire à renier qui nous sommes et d’où nous venons. Nous devons faire de nos différences échangés notre force pour l’avenir. Et pour ça, la culture vodou doit être le socle de nos alliances. Il doit être le ciment qui nous unit. Il doit être l’esprit qui, culturellement, nous rassemble et nous rapproche. Il ne doit pas être une crainte ni une source de mal. Il ne doit pas exacerbé nos peurs.
Notre troisième interrogation nous amène à nous demander quelle place accorder à la culture vodou dans notre pays. Quel doit être son rôle, socialement et économiquement ? Dans un Bénin qui se veut prospère quelle place-lui accordée ? Il demeure mystique et mythique, même pour nombre de béninois. Il suscite la curiosité de ceux qui nous entoure. Du nord au sud, de partout dans le monde, les gens viennent voir, toucher. Ils s’interrogent, ils admirent. Qu’on n’en doute point. Notre premier atout culturel nous vient de la force du Vodou et de ce que nous allons en faire. Bien organisé, bien structuré, il peut être source d’entrée de devises étrangères. Il peut renflouer les caisses de l’Etat et créer de nombreux emplois. Chaque sortie d’Egoun-goun chez nous est un évènement. Nous devons l’internationaliser. Lui donner une réelle dimension hors de nos frontières. L’embellir et non le détruire.
« Connais-toi, toi-même » disait Socrate. Et si nous apprenions d’abord aux béninois ce qu’est le vodou ? Si, nos parents au lieu de nous en éloigner, nous en parlait vraiment ? Sur cette route, le 10 Janvier est un bon début !
Ayéfèmi Faozane ORO.