France-Afrique : Quel avenir pour la « françafrique » ?
L’élection du socialiste François Hollande ouvre, certainement, la voie à une nouvelle ère des relations entre la France et ses anciennes colonies d’Afrique. L’espoir suscité, en Afrique, par cette élection dénote de l’intérêt très accru que les africains accordent à l’ancienne métropole mais reflète, surtout, la complexité des relations avec d’énormes réseaux officieux qui, en bas de la méditerranée passionne et déchaine les foules.
Durant sa campagne, il a promis une relation « d’égal à égal » avec les pays africains. En affirmant « Je développerai la relation de la France avec les pays de la rive sud de la Méditerranée sur la base d'un projet économique, démocratique et culturel. Je romprai avec la Françafrique en proposant une relation fondée sur l'égalité, la confiance et la solidarité. Je relancerai la Francophonie», Hollande a tenu à lever toute ambiguïté sur la nature des relations qu’il compte mener avec l’Afrique. Il ne sera plus question d’adouber certains chefs d’Etat directement depuis Paris, encore moins, de dicter aux Etats africains leur politique. Pourtant les premiers pas du nouveau locataire de l’Elysée ne semble pas aller dans le même sens que les déclarations de campagne et suscite déjà polémique. Et pour cause ! Laurent Fabius, nouveau Ministre des Affaires Etrangères, a salué lors d’une récente visite au Gabon « l’excellence » des relations franco-gabonaises avant de souhaiter qu’elle « se développent dans le futur », provoquant l’ire de la société civile. Nicolas Sarkozy avait promis, lors du fameux discours de Cotonou en Mai 2006, « Il nous faut construire une relation nouvelle, assainie, décomplexée, équilibrée, débarrassée des scories du passé et des obsolescences qui perdurent de part et d'autres de la Méditerranée […] cette relation doit être plus transparente. Il nous faut la débarrasser des réseaux d'un autre temps, des émissaires officieux qui n'ont d'autre mandat que celui qu'ils s'inventent ». La suite est connue de tous.
Laurent Fabius et L’héritage de François Mitterrand
En nommant Laurent Fabius, François Hollande n’a pas rassuré l’opinion publique africaine. Fabius a une longue expérience au sommet de l'État français. Il fut, tour à tour, ministre délégué au Budget dans le premier gouvernement de Pierre Mauroy, puis ministre de l'Industrie et de la Recherche, avant de devenir, à 37 ans, le plus jeune Premier ministre de la Ve République. Son premier voyage de campagne qui l’a mené au Gabon ne milite pas en sa faveur puisque la puissante françafrique avait-depuis le Gabon- obtenu la tête de l’audacieux et éphémère Secrétaire d’Etat à la Coopération Jean-Marie Bockel.
En portant son choix sur un mitterrandien de premier ordre, le président français affiche en même temps sa volonté d’orienter sa politique extérieur en contre-courant des Etats-Unis. Il s’agit pour lui de se poser en challenger des américains au Moyen-Orient et globalement dans le monde arabe. Il est clair que l’Afrique ne constitue pas une priorité pour le régime actuel.
Les différentes nominations au Quai d'Orsay (Denis Pietton, spécialiste du monde arabe mais aussi des relations transatlantiques, en tant que Directeur de cabinet, Ndlr), et à la cellule diplomatique de l’Elysée (Paul Jean-Ortiz, anciennement Directeur Asie-Océanie au Quai d'Orsay) vont dans ce sens.
Nouveau style dans la gestion des relations.
Toutes fois, la faible connaissance du continent africain et sa « virginité » relationnel avec les Chefs d’Etat africains constituent un atout pour François Hollande dans sa volonté annoncée de construire un partenariat d’égal à égal et de ne se laisser influencer par aucuns réseaux. La suppression du Secrétariat d’Etat à la Coopération au profit d’un pôle développement schématise bien cette volonté de se débarrasser des vestiges du passé au profit d’une relation nouvelle et saine. Hollande pourra-t-il enterrer la françafrique ou sera-t-il vite ramené à la réalité par le poids des intérêts économiques et financiers français en Afrique ? Difficile pour l’instant de l’affirmer. Seule certitude, on assistera à un changement de style. Il n’y aura pas de discours de Dakar bis.
Ayéfèmi Faozane ORO.