Publié par Ayéfèmi ORO

Aujourd’hui, j’ai réussi à vaincre ma paresse. Cette paresse qui depuis plus de trois ans m’a éloigné de l’écriture et de la mise à jour de ce blog.

Je l’ai créé, quand j’étais loin du pays. Il me permettait d’oublier la distance, de prendre position et de me sentir utile aux miens. Puis, j’ai fait le saut. Et petit à petit, je me suis laissé consumé par la flemme. J’ai pensé et cru que mon engagement sur le terrain m’exonérait de mon devoir d’écrire et de partager mes craintes et mes espérances, mes pleures et mes joies. Pour ce pays, pour notre continent.

L’élection présidentielle de Mars 2016 m’a marqué. Profondément ! Par ce qu’elle a été et qu’elle n’aurait jamais dû être. Puis, nous avons embarqué dans un nouveau navire, avec un nouveau capitaine et des manières auxquelles nous n’étions pas vraiment habituées. Sont –elles bonnes ou mauvaises ? Le sujet du présent papier n’est pas là.

J’ai pris du recul, et comme beaucoup de ceux qui se sont engagés récemment aux côtés de nos politiques, je me suis interrogé sur le sens de mes engagements passés, sur leur gain pour la communauté et sur l’état de mes convictions. Ma réflexion, brutale et douloureuse, m’a ramené à nos manquements et nos échecs. A nos peurs et fuites en avant.

J’ai lu et relu alors Stephane Hessel et son appel à l’indignation. Son invite à trouver un motif d’indignation, pour changer le système économique. Son appel à la non-violence et l’endiguement du déclin de notre société. Mais au fond, avons –nous besoin de nous indigner, encore plus que nous ne le faisons déjà ? Avons – nous dans ce pays besoin de crier encore plus notre indignation chaque jour ? Alors que nos échos sont de moins en moins perceptibles, alors que nos voix sont étouffées par le tout politique qui nous ronge et nous broie de l’intérieur ?

Non, Jeunes de ce pays, nous devons aller au-delà de l’indignation d’Hessel. Nous devons nous élever plus haut, gagner en maturité et prendre le chemin de l’action positive. Si comme moi, vous en avez marre de vous indigner, levez – vous et prenez le pari de l’action collective, du dépassement et du sacrifice collectif ; politisons – nous ! Politisez – vous !

Au-delà du bétail politique qu’on nous donne à être, j’ai vu dans ce pays une jeunesse capable. Une jeunesse qui innove, qui se trace des sentiers et ouvre de nouvelles perspectives. J’ai vu des jeunes qui refusent d’être acteur passif du mal être collectif, et qui corps et âmes nous offrent de belles histoires de réussite.

J’ai vu Régis Ezin E-ray réinventé notre « klui-klui » traditionnel et en faire une marque moderne qui décore les tables de nos salons et agrémente nos palabres. J’ai vu Kwamé Sènou se battre pour porter haut ses espérances et construire une jeunesse éclairée avec ses "Leadership days". J’observe et je vois des passions et de l’engagement se traduire en réussite avec Sidikou Karimou et Mylène Flicka.

J’ai vu le premier fablab de notre pays monter une imprimante 3D et imprimer des objets avec Médard AGBAYAZON et son BloLab. J’ai vu Léonide SINSIN apporter la lumière dans des coins insoupçonnés, faire sortir de terre des AEV, grâce à un engagement quotidien. La liste n’est pas exhaustive.

Chaque jour, aux quatre coins du pays et du monde, nous innovons, nous illuminons. Des milliers de jeunes de ce pays entreprennent avec succès, malgré les échecs. Ils tracent leurs chemins et se battent pour le concrétiser.

Mais l’ambition de se réaliser et de s’accomplir dans le privé n’est nullement opposable à l’obligation de service public, à notre devoir de participer à l’exercice du pouvoir, à tous les étages et tous les niveaux de la vie publique.

L’heure a sonné pour que la jeunesse capable de ce pays, et de ce continent, saute le pas pour s’engager. Nous ne pouvons pas continuer à applaudir ou rester dans l’antichambre et laisser des vieux souvent sans vision, totalement dépassé et en déphasage avec leur temps prendre des décisions qui nous impactent. « Ce qui m’effraie, ce n’est pas l’oppression des méchants, c’est l’indifférence des bons. » confessait Luther King, dans son combat contre l’oppression des Noirs en Amérique.

J’ai vu Lionel Kpenou Chobli s’engager avec succès, malgré le peu de moyen, à Attogon pour répondre aux défis du développement. Malgré un engagement conséquent dans le privé et des affaires à faire tourner. J’ai vu Nourou Dine Saka Saley prendre courageusement le pari de suivre et défendre ses convictions, et demain (Inch’Allah), aller les défendre au parlement. Malgré ses activités professionnelles.

«Mais dans ce monde, il y a des choses insupportables. Pour le voir, il faut bien regarder, chercher. Je dis aux jeunes : cherchez un peu, vous allez trouver. La pire des attitudes est l'indifférence, dire 'Je n'y peux rien, je me débrouille'»[1]

Nous devons cesser de laisser le champ publique et politique aux seuls incapables et désœuvrés qui depuis longtemps font la pluie et le beau temps. Et j’en vois déjà dans nos rangs, qui pullulent sur les réseaux sociaux, à chanter les louanges de leurs maîtres. Demain, ils feront pires que le rapace qui près de soixante ans durant a conduit ce pays dans l’abîme.  

Il urge aujourd’hui, demain et après-demain qu’aux vieux semis lettrés et sans vision qui ornent nos conseils communaux et municipaux, qui jouent à l’école buissonnière sur les bancs de l’hémicycle, puissent succéder des jeunes suffisamment formés et aguerris, moulés à l’obligation de résultat et de compte rendu. Il est venu le temps de bouter hors de notre classe politique la médiocrité qui la gangrène et obstrue les chemins du progrès.

« Les jeunes sont plus aptes à inventer qu’à juger ; plus aptes à exécuter qu’à conseiller ; plus aptes à entreprendre qu’à gérer. »[2] Prenons l’engagement de devenir des entrepreneurs politiques, qui construisent des succès pour le bien être communautaire.

Regardez notre plus grande université, l’UAC. Dispose – t- elle de wifi dans les amphis pour les étudiants ? Quelle école publique dans ce pays dispose d’une bibliothèque de qualité, suffisamment équipée ? Même le ministère du plan, à une époque assez récente, ne disposait pas d’une connexion wifi.

Demain est déjà là. Armons-nous pour que ceux d'entre nous qui en sont capables soient aux places qu’il faut. Le salut, notre salut, passe par là. Assurément ! Personne ne parlera notre langage mieux que nous, personne ne nous défendra mieux que nous !

Ayéfèmi F. ORO

 

[1] Stephane Hessel, Indignez - vous

[2] Francis Bacon

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