Société : Où va la jeunesse béninoise ?
Tous les rapports des institutions de Breton Wood se plaisent à le ressasser : l’Afrique est le continent de l’avenir. Et pour cause, sa jeunesse plus de soixante pour cent (60%) de la population constitue son atout numéro un. S’il est vrai que la jeunesse constitue l’un des piliers du développement d’un pays, il est à craindre du devenir de notre pays. La jeunesse béninoise est à bout de course. Elle envoie des signes d’essoufflements, des signes de perdition car en manque, criard, de repères et de modèles.
Quand la rue brouille et embrouille tout dans son esprit, que l’école délaisse son rôle d’éducateur et de formateur, que la famille – dans son sens premier- est à l’agonie, qui pour éclairer la lanterne des jeunes béninois ? Qui pour nous indiquer le chemin et nous faire éviter les erreurs des aînés ?
Le déclin moral et social prend de l’ampleur, dans une société où la parure externe est érigée en mode de vie. Les jeunes béninois sont devenus magiquement plus internaute que Bill Gates. Dans cette nouvelle passion pour l’internet, le cyber arnaque. Elle est érigée en mode, offre en une journée ce qu’un mois de travail ne saurait procurer. L’appât du gain facile à contribuer à engluer les jeunes citadins béninois dans des profondeurs abyssales. Plus de morale, les autorités, dépassées, laissent faire. La politique, elle, chambarde et chamboule tout. A dix huit ans, ici on est prostitué électorale. On vit par et pour la politique.
Le campus, haut lieu du savoir est devenu le terrain des grosses magouilles et manigances. La jeunesse y a tissé sa toile. Elle y en demeure le maître absolu et relègue au dernier rang les raisons qui l’y ont amené. Les diplômes s’achètent dans le privé. Pis, dans la conception de bon nombre de jeunes, plus besoin d’aller à l’école pour se faire un nom. La plupart des diplômés chômeurs sont l’exemple même d’un système ou depuis longtemps l’ascenseur social est tombé en panne.
La misère de l’école (niveau très faible des instituteurs, manque d’autorités, faiblesse des programmes enseignés), le manque de moyens des parents, les grèves répétitives ont finit d’achever le rêve de bon nombre. Les jeunes enfants continuent à marcher parfois des kilomètres pour se rendre dans des classes surpeuplées, « pour y trouver la pédagogie de la chicotte ». La précocité des rapports sexuels en milieu scolaire exprime un mal-être profond de la société. Il fut un temps où nous étions le quartier latin de l’Afrique. Aujourd’hui, nous en sommes le quartier crétin. L’affairisme au sommet de l’Etat, les jeux de piston ont finit de convaincre que l’Etat lui-même a démissionné.
Mais où allons-nous ? Il est temps, qu’en cette veille de vacances scolaires, on réfléchisse à notre système éducatif. Voulons-nous continuer à récolter des 28% de taux de réussite au baccalauréat ? L’Etat chaque année y perd des centaines de milliard, qui ailleurs aurait pu servir à financer des programmes sociaux pour la jeunesse. Les boursiers à l’étranger, eux, sont laissés pour compte. Aucune politique pour assurer leur retour et leur intégration une fois les études finis.
Le Bénin se perd. A l’heure où les pays développés investissent pour attirer les meilleurs profils étrangers, pour former leur jeunesse et la rendre apte à relever les défis du futur, nous nous plaisons dans notre médiocrité, caractéristique. Hugo disait, fort joliment, « chaque enfant qu’on enseigne est un homme qu’on gagne ». Au Bénin, passer ! Il n’y a rien à voir. Pour l’instant on forme pour le chômage et la délinquance.
Ayéfèmi Faozane ORO.