Publié par ORO Faozane

Et la corruption s’insère partout, jusqu’aux pupilles. Le coup de tonnerre est venu d’un centre d’examen à Sèmè-Kpodji. Des enseignants surveillant le déroulement des épreuves du Certificat d’études primaires (Cep) surpris en possession de corrigés-types en pleine salle d’examen. Acte isolé ou vaste réseau ? Des confrères de radio Tokpa se sont d’ailleurs interrogés à juste titre à propos de l’existence de ces corrigés-types en ces lieux sans qu’au préalable des fuites n’aient été organisées. Ce qui suppose une responsabilité avérée des coulisses du choix des épreuves. En attendant peut-être qu’une enquête minutieuse vienne remonter les sources des disfonctionnements et éventuellement établir l’ampleur de la pratique. De la triche, de la fraude, de la corruption, de la bêtise, en ce milieu, un milieu d’éducation ensuite un milieu d’enfants aussi jeunes, des pupilles. Contraints de côtoyer le vice dès cet âge. Tout ça pour le Cep, un diplôme purement désuet, qui ne donne droit qu’à une posture sociale marginale y compris dans l’administration publique.

C’est une évidence que ces jeunes ne sont que des victimes d’une inversion des valeurs qui a atteint des proportions inquiétantes dans un Bénin en rupture de sa réputation de quartier latin. On voit mal en effet, des petits enfants de 9 ans dérober des épreuves d’examen, chercher leurs corrigés-types et venir les exploiter dans les centres de composition. Un exercice qui nécessite de la logistique, des complicités et surtout de l’argent. Ces agissements ne sont donc rien d’autres que le dessein que des parents formulent pour leurs progénitures. Faire acquérir à ses propres enfants des diplômes frauduleux afin de les insérer plus tard dans l’appareil de production de la République par ces mêmes procédés dolosifs. Les événements de Sèmè-Kpodji ainsi que les autres restés impunis posent les jalons du Bénin du futur en cours de construction.

Depuis l’historique conférence nationale, on en était à se demander comment éviter que l’amnistie des crimes de sang, des crimes économiques, des violations massives des droits humains commis sous les régimes totalitaires du passé ne laisse des traces sur la postérité. Que l’impunité congénitale dans laquelle baigne la gouvernance publique ne façonne négativement le pays. Que la corruption ne gangrène les générations futures. Que la proximité avec le vice soit épargnée aux plus petits. Mais la réalité des faits nous éloignent chaque jour davantage de ces vœux. Toutes les strates de la société sont rattrapées par cette propension à la négation de la méritocratie.

On ne se contente plus de payer l’éducation des enfants à l’aide de l’argent volé à l’Etat. Il fallait les initier directement dès le bas âge en leur achetant des positions sociales. Lorsque le futur douanier sait combien son père, voleur de la République, a payé pour lui obtenir son recrutement, on peut deviner aisément la suite de sa carrière logiquement vouée au rançonnement, à la fausseté, au détournement de deniers publics. Il en est de même de tous les rejetons récalcitrants massivement introduits dans tous les secteurs de la fonction publique grâce à des parents bien placés ou prêts à débourser ce qu’il faut pour arroser les recruteurs. Ce Bénin-là est définitivement sur la rampe, prêt à se révéler au grand jour dès que possible. Les fraudeurs ce n’est pas seulement autour du Cep qu’il faudrait aller les chercher désormais ; ils sont partout ; autour du Bepc, du Bac, du Cap, de la Licence, de la Maitrise, du Doctorat, du Masters, de l’Agrégation, des élections, des concours, des passations de marché public, des fédérations sportives, des couvents, des églises, des mosquées…

Des pupilles aux sages….

Arimi Choubadé http://arimi.freehostia.com

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