52 ans d’abrutissement et de médiocrité !
Cet article se veut, délibérément, dépréciatif. L’objectif est clair : fouetter nos égaux surdimensionnés. Réveiller, s’il en reste encore, le peu de fierté capable de redonner élan à nos initiatives. On n’a que les dirigeants qu’on mérite. Si la classe politique béninoise est aujourd’hui tant décriée, si nos dirigeants sont un ramassis d’intérêts égoïstes, corrompus, c’est bien parce qu’ils sont à l’image du peuple lui-même : fainéant, médiocre et peu porté sur la culture du résultat. Il n’en a pas toujours été ainsi. La décadence a commencé il y a cinquante deux ans. Nos pères parlaient alors d’indépendance et fredonnaient à tue tête « indépendance cha cha ».
Depuis cinquante deux ans, la société béninoise rime avec «coup d’Etat, instabilité, misère, pauvreté, fraudes électorales, tripatouillages de constitution ». Kérékou en 1972 mit fin aux coups d’Etat et à l’instabilité chronique caractéristique du Dahomey d’alors, avant que la Conférence Nationale de Février 1990 n’interrompe son « marxisme-léninisme » avec son corolaire de misère et de pauvreté. La démocratie ainsi née sera fouettée en plein cœur par les fraudes électorales auxquelles s’ajouteront les tripatouillages de constitution. On a eu notre cour des miracles. A chaque fois que nous nous croyions sortis de l’enfer, nos hommes politiques se sont tôt chargés de nous ramener sur terre. Le paradis est encore loin. Quand nous nous sommes crus quartier latin de l’Afrique, ils se sont battus corps et âmes pour que nous en devenions le quartier crétin. Mamadou et Binéta ont cédé la place à Momo et Baké, guère portés sur la grammaire et l’orthographe. Finagnon s’est finalement perdu dans ses nombreuses aventures pour le bonheur de la nouvelle école.
Des centaines de kilomètres de côte, une basse et moyenne vallée parmi les plus fertiles d’Afrique, un climat doux et clément. Pourtant nos tomates viennent du Burkina-Faso. Il fut un temps où nous étions premier producteur mondial de palmier à huile. Aujourd’hui, des nombreux hectares offerts aux Malaisiens, des millions engloutis plus tard et toujours zéro : le redécollage espéré n’est pas au rendez-vous. Six cent mille tonnes de production cotonnière en 1995 et 1996, aujourd’hui on se bat pour en espérer deux cent milles. Nous nous voyions émergents, mais pour cela, il aurait fallu changer. Nous n’y sommes pas parvenus. La prospérité partagée est demeurée un vain mot, donc nous en sommes venus à la refondation. Mais voilà. Comme tous ses aînés, le concept est mort né.
Comment être « confiant dans l’avenir » si nos « monts ensoleillés », « nos palmiers », notre « verdure » censée partout faire notre vive « parure » ont déserté le paysage sous les coups répétés de la médiocratie érigée en système ?
Nos élites qui faisaient notre fierté à l’extérieur sont confrontés au manque d’ambition flagrant d’une diplomatie noyée dans les tuyaux de la mendicité : nous avons échoué à faire élire l’éminent SERPOS à l’UNESCO, nous avons lamentablement échoué par la suite à placer un des nôtres à la tête de la commission de la CEDEAO, préférant un marché de dupes et les brèves lumières d’une année symbolique à la tête de l’UA.
La situation économique est semblable. Le port de Cotonou boycotté par les partenaires nigériens et plongé dans une crise structurelle avec le PVI-Ng et le bal des directeurs généraux agonise profondément. Poumon économique, il n’arrive plus à insuffler l’air nécessaire à l’économie nationale. A la situation chaotique du coton s’est ajoutée les peines d’un patronat en déroute et fiscalement harcelé. Le chômage des jeunes et les différentes crises sociales répétitives ont conforté un constat latent : l’Etat a échoué à protéger et entretenir les siens. Le cyber arnaque qui prolifère, le Bénin bon dernier de l’UEMOA, de quelles signes avons-nous encore besoin avant de prendre conscience que demain se sacrifie gaiement sur l’autel de l’incompétence et de l’insouciance des élites d’aujourd’hui ?
Il n’y a pas de miracles économiques encore moins sociales possibles. Nous pouvons enchaîner forum économique sur Conférence Nationale ou encore passer notre temps à prier les mânes de nos ancêtres, nous pouvons même envoyer l’armée en l’air faire des réquisitions, inventer des notions aussi saugrenues que « la dictature du développement », le mal béninois ne trouvera solution que dans l’acceptation par tous que nous sommes les artisans de nos échecs.
Quand nous l’aurions ainsi compris, que chaque phrase de l’Aube Nouvelle sera intériorisée et appliquée et que chaque béninois de l’intérieur ou de la diaspora saura qu’il a une part de responsabilité dans l’émergence d’une nation prospère et solidement tournée vers l’avenir, alors le Bénin de l’excellence que nous appelons de nos vœux sera une magnifique réalité.
En attendant, Bonne célébration de nos 52 ans, dans la réflexion qui sied à cette circonstance. Et n’oublions pas : ENFANT DU BENIN DEBOUT !
Faozane ORO